Notions de génétique

 

On ne peut parler de sélection canine ou de reproduction sans connaître quelques bases scientifiques.

Voici quelques explications très simplifiées sur les mécanismes qui président à la reproduction et la définition de quelques termes dont la signification est souvent mal connue !

 Définitions de base

 

Tous les êtres vivants sont composés de cellules.

 

Dans les noyaux des cellules se trouvent les chromosomes rangés par paires (sauf le chromosomes sexuels), le nombre de chromosomes est fixe pour une espèce.

 

L'ensemble des chromosomes décrit totalement toutes les caractéristiques de l'être vivant.

 

Les chromosomes non sexuels sont appelés autosomes, ils ont grossièrement la forme de bâtonnets , ils sont rangés par paire.

 

L'espèce canine a 78 chromosomes = 38 paires d'autosomes + 2 sexuels.

 

On ne peut parler de paires dans les chromosomes sexuels car si la femelle a bien une paire de chromosomes ayant grossièrement la forme d'un X, le mâle a un chromosome en X et l'autre en Y.

 

Les unités d'informations contenues dans une même paire de chromosomes ,toujours à la même place (locus) sont appelées gènes.

 

Un allèle est la version individuelle du gène située dans un seul chromosome.

 

De deux choses l’une :

 

·        Soit l’information contenue dans l’allèle est la même dans la paire de chromosomes, l’individu est dit homozygote pour le critère contenu dans ce gène

 

·        Soit l’information est différente dans chacune des deux allèles, l’individu est dit hétérozygote.

 

Dans le cas d’un gène hétérozygote, l’individu exprimera l’information d’un seul allèle, celui-ci sera appelé dominant, l’autre sera appelé récessif.

Mais un chien ne peut être totalement homozygote, il ne l’est que pour certains critères!

Les chromosomes sont composés de longues chaînes d’ADN plus des protéines.

On va s’arrêter là question détails !

Presque toutes les cellules de l’individu contiennent donc ces chromosomes par paires sauf les globules rouges qui  n’ont pas de noyau et les gamètes qui ne possèdent qu’une copie du gène.

Les gamètes sont les cellules sexuelles, le spermatozoïde =gamète mâle et l’ovocyte= gamète femelle.

•        Chaque spermatozoïde ou ovocyte reçoit une information différente (chaque allèle vient soit du père soit de la mère de l’individu)

•        Lors de la fécondation, le réassemblage de l’information se fait au hasard

•        C’et la loterie !

 

Lors de la fécondation les gamètes complémentaires s’associent pour former l’œuf ou zygote puis les cellules composant le nouvel individu, chaque cellule aura le nombre de chromosomes spécifique de l’espèce et ces chromosomes seront rangés par paires, l’un venant de la mère, l’autre du père.

Dans la plupart des cas  l’information génétique est transmise de génération en génération sans changements.

MAIS !!!

Sous des influences extérieures il arrive que pour un gène la copie ne soit pas parfaite !

C’est ce qu’on appelle une mutation.

Cette mutation est soit bénéfique (par exemple meilleure adaptation au climat) soit maléfique.

L’individu mutant transmettra alors son gène mutant à sa descendance et non plus le gène qu’il a hérité de ses parents.

C’est de là que viennent les tares génétiques.

Dans la plupart des cas (tare génétique autosomique récessive), l’individu lui-même ne sera pas affecté et sa descendance directe non plus.

Ce n’est que plus tard quand lui ou ses descendants reproduiront entre eux, la tare ne sera plus latente mais active !

On va étudier plus précisément le mode de transmission dans le chapitre suivant :  Transmission des tares génétiques

Génotype/Phénotype

 

Le génotype c'est l'ensemble des gènes possibles communs à toute une race.

L'expression individuelle de ce génotype est le phénotype.

Le phénotype, nait, vit, se reproduit, meurt tandis que le génotype persiste à travers les générations.

Le phénotype est influencé par le milieu et d'autres causes (sélection humaine par exemple).

Par exemple dans la nature, dans un climat froid, les individus (phénotypes) ayant un gène poil long auront plus de chances de survie que les individus à poil court, la plupart des individus à poils court mourront sans descendance et ainsi peu à peu, de génération en génération, le gène poils court tendra à disparaître de cet environnement, c'est l'influence du milieu.

Mais maintenant, si l'homme préfère des chiens à poil court il ne fera reproduire QUE des individus à poils court et ainsi de génération en génération de moins en moins de chiens à poils longs naîtront dans l’environnement humain.

 

C'est la notion purement humaine de race qui guide la sélection humaine, c'est ainsi qu'on est passé du loup aux différentes races de chiens, chiens qui dans la nature auraient servi de nourriture aux loups originels (influence du milieu)!

Au cours de la reproduction, chacun des partenaires fournit la moitié de ses chromosomes ( 1 de chaque paire) qui sont transmis à l'identique (en principe) à chacun des enfants.

 

Chacun de ces chromosomes est issu de la paire du parent qui l'a reçue lui même de ses parents...

 

Par exemple sur un individu donné le père donne le chromosome autosome n°1 qu'il a reçu de sa mère, le n°2 qu'il a reçu de sa mère, le n°3 qu'il a reçu de son père...

 

Sur un autre ce sera le n°1 qu'il a reçu de son père, le n°2 qu'il a reçu de sa mère, le n°3 qu'il a reçu de sa mère...

 

La conséquence c'est qu'un individu donné est pratiquement unique puisque ce mode de transmission permet des milliards de combinaisons!

 

La seconde conséquence c'est que c'est le père qui détermine le sexe puisque c'est lui qui transmettra soit un chromosome X soit un chromosome Y à son enfant

 

Les gènes sont donc censés se reproduire à l'identique de génération en génération, mais... il arrive que la copie soit incomplète, différente de l'original, c'est ce qu'on appelle une mutation.

 

Elles apparaissent spontanément ou sous l'influence d'agents chimiques ou physiques appelés mutagènes, par exemple un changement de l'environnement peut amener des mutations permettant une meilleure adaptation car seuls les mieux adaptés survivent, c'est ce qu'on appelle l'évolution.

 

Ce phénomène se produit sans arrêt chez tous les êtres vivants.

 

On considère que tout être vivant a au moins 10 gènes défectueux (ou mutants).

 

Ca n'a en général que peu d'importance dans la mesure où, dans la plupart des cas elle n'intéressera que des caractéristiques mineures de l'individu.

 

Les mutations peuvent être soit bénéfiques amenant une meilleure adaptation, une amélioration de l'espèce, soit maléfique c'est ce qu'on appelle une tare génétique.

 

L'individu mutant transmettra ses gènes modifiés à sa descendance (et pas les gènes de ses parents).

 

 

Pool génétique:

 

 

Tout le monde en parle mais peu savent ce que c'est!

 

En voici la définition:

 

"Ensemble des gènes que possède en commun un groupe d'êtres vivants, animaux ou végétaux, appartenant à la même espèce et vivant dans le même milieu au même moment."

 

Les individus de la population (phénotypes) ne peuvent posséder que des gènes qui appartiennent à ce pool génétique (aux mutations près).

 

Si le phénotype n'existe que de sa naissance et à sa mort, le pool génétique existe à travers les générations.

 

La variabilité génétique de cette population est donc limitée par l'importance du pool génétique.

 

Au sein de cette population les individus se multiplient d'une manière anarchique mais le pool génétique ne s'accroit pas avec le temps, les quelques mutations n'influent pas profondément sur ce pool, car ils n'intéressent qu'une dizaine de gènes sur plusieurs dizaines de milliers par individu.

 

Par contre il a tendance à se réduire naturellement chez les canidés, par exemple, même dans une population naturelle, par l'existence de dominants, mâles comme femelles qui reproduiront plus que les autres et élimineront le cas échéant les produits des plus faibles.

 

Donc peu à peu on retrouvera de plus en plus d'occurrences des gènes des phénotypes dominants dans le pool génétique donc les individus à venir auront de moins en moins de chances d'hériter des gènes des plus faibles (tout en héritant, bien sûr, de plus en plus des gènes des dominants).

 

Le pool génétique est donc plus restreint de fait.

 

Maintenant un exemple simple:

 

Un éleveur dispose d'un mâle A et deux femelles B et C au début de son élevage.

 

Son pool génétique est donc composé des gènes de A, de B et de C.

 

Quelques années plus tard, sa femelle C est morte sans descendance et il a gardé des produits de son mâle et de sa femelle restante et les a fait reproduire ensemble, il a 10 individus de plus qui possèdent donc uniquement les gènes de A et de B.

 

Son nombre de chiens est de 12 mais son pool génétique se résume à A et B.

 

Donc le pool génétique et la variabilité génétique dans son élevage ont diminué alors que son cheptel a augmenté!

 

Il était de 3 au début alors qu'il est passé à 2 alors que les individus sont 4 fois plus nombreux qu'au début.

 

On peut donc avoir une population très nombreuse avec un pool génétique très réduit.

 

Un phénomène qui accroit encore la vitesse de réduction du pool génétique: l'intervention humaine.

 

La notion de race n'existe pas dans la nature, c'est une invention humaine.

 

La notion de standard, plus moderne, existe encore moins dans la nature!

 

Le standard est un ensemble de caractéristiques physiques visibles et mentales qui constituent un idéal vers lequel les individus appartenant à une race doivent tendre.

 

Donc plutôt que de laisser la population entière forniquer et se reproduire librement, l'homme va empêcher les individus les plus éloignés de ce standard de reproduire et contrôler la reproduction des individus qui s'en approchent le plus, pour toujours plus s'en approcher (ou tout au moins espérer).

 

Ainsi seule une petite partie de la population va se reproduire (la crème de la crème) et le pool génétique va chuter d'une manière vertigineuse (mais en concentrant, génération après génération, les caractéristiques de la race), ainsi que la variabilité génétique qui sera nulle le jour (lointain) où tous les chiens de la race répondront parfaitement au standard!

 

Par exemple au début du Staffie, à la fin des années 30, il y avait 6 grandes lignées de Staffies en Angleterre, celles des premiers grands géniteurs de la race:

 

J line (Fearless Joe)

 

M line (Brindle Mick - lignée de Gentlemen Jim)

 

L line (Game Lad)

 

B line (Rum Bottle)

 

R line (Ribchester Max)

 

C line (Ciderbank Beauty)

 

Depuis bien longtemps (1980 environ) 5 de ces lignées ont disparu et seule la M line persiste.

 

Il reste quelques gènes des autres lignées dans la race mais d'une manière très diluée et on va vers l'élimination complète de ces gènes génération après génération!

 

Donc même en Angleterre, le pool génétique du Staffie est devenu très pauvre, surtout si on considère l'influence d'un géniteur d'exception dans les années 80: Black Tusker!

 

En conclusion :

 

On peut voir ainsi l’importance de chaque reproducteur dans la race, plus un chien est utilisé, plus son influence dans la race est importante (occurrence de ses gènes), l’utilisation d’un chien atypique peut faire sentir son influence sur des dizaines d’années !

 

Depuis quelques années on voit plusieurs reproducteurs avec des têtes totalement atypiques (fripées, babines pendantes…), reproducteurs cotés et même champions à cause de l’incompétence des juges français, il faut réagir d’urgence, retirer ces chiens de la reproduction et les remplacer par des sujets à tête typique avant que le phénomène ne devienne irréversible, créant ainsi une nouvelle race  n’ayant plus grand-chose à voir avec le staffie !